DAKAR — Ousmane Sonko a livré, dimanche 16 août 2026, une longue sortie médiatique consacrée aux principales questions qui alimentent actuellement le débat public au Sénégal. Invité dans le cadre d’un entretien spécial diffusé notamment sur Walf TV, Xalaat TV, Sud FM et le groupe Solo Media, le président de l’Assemblée nationale est revenu sur le fonctionnement du Parlement, la gouvernance, les fonds spéciaux, la déclaration de patrimoine, le foncier, le secteur du BTP et les prix des hydrocarbures.
Cette intervention intervient dans un contexte politique particulièrement sensible, marqué par les débats autour du contrôle des fonds spéciaux et par les interrogations sur les relations entre les différentes institutions de la République.
Une Assemblée nationale qui veut renforcer son pouvoir de contrôle
Dès le début de l’entretien, Ousmane Sonko a défendu une vision d’une Assemblée nationale davantage impliquée dans le contrôle de l’action gouvernementale.
Le président de l’Assemblée nationale insiste notamment sur le renforcement des capacités des députés et sur la nécessité de donner au Parlement les moyens d’exercer pleinement ses missions.
Il a également mis en avant les commissions d’enquête parlementaires, qu’il considère comme des instruments essentiels pour faire la lumière sur certaines affaires. Selon sa vision, ces commissions doivent pouvoir recueillir les informations nécessaires et, lorsque des faits susceptibles de constituer des infractions sont établis, permettre la saisine de la justice.
Une orientation qui pourrait donner au Parlement un rôle plus important dans la surveillance de la gestion publique.
Fonds spéciaux : Sonko réclame davantage de contrôle
C’est sans doute l’un des passages les plus sensibles de cette sortie.
Ousmane Sonko a longuement abordé la question des fonds spéciaux et des crédits destinés aux missions de souveraineté. Il ne remet pas en cause, dans son principe, l’existence de ressources pouvant être utilisées pour certaines opérations confidentielles, notamment en matière de sécurité.
En revanche, il défend un mécanisme permettant un contrôle a posteriori, tout en préservant le secret nécessaire à certaines opérations.
Selon le compte rendu de l’entretien, il a évoqué un dispositif associant notamment des parlementaires de la majorité et de l’opposition ainsi que des magistrats. L’objectif serait de parvenir à un équilibre entre secret, impératifs de sécurité et reddition des comptes.
« Aucun franc » : Sonko défend sa gestion à la Primature
La question des fonds de la Primature a également donné lieu à une mise au point personnelle.
Ousmane Sonko, qui était Premier ministre avant de devenir président de l’Assemblée nationale, a affirmé pouvoir justifier les dépenses effectuées sous son autorité.
Il a assuré avoir donné des instructions strictes pour renforcer la traçabilité des opérations et a déclaré n’avoir personnellement jamais touché de fonds issus de cette enveloppe.
Cette déclaration intervient alors que la gestion des fonds spéciaux fait l’objet d’un débat politique intense depuis plusieurs mois.
Le dossier est d’autant plus sensible que l’Assemblée nationale examine une proposition visant à encadrer davantage ces ressources.
Déclaration de patrimoine : Sonko se dit prêt à rendre ses biens publics
Autre sujet fortement attendu : la déclaration de patrimoine.
Ousmane Sonko a affirmé avoir toujours respecté ses obligations déclaratives et s’est présenté comme favorable à une transparence renforcée des responsables publics.
Il s’est également dit disponible pour rendre public son propre patrimoine, en mettant en avant le principe d’exemplarité des dirigeants.
Selon les comptes rendus de l’entretien, il a par ailleurs détaillé certains biens personnels et lancé un défi à ceux qui disposeraient d’informations compromettantes sur son patrimoine.
Cette séquence intervient au moment où la déclaration de patrimoine occupe une place importante dans les débats institutionnels.
Carburant : une nouvelle explication sur les prix à la pompe
La hausse récente des prix du carburant a également été abordée.
Alors que le supercarburant est passé à 990 FCFA le litre et le gasoil à 755 FCFA depuis le 15 août, Ousmane Sonko a expliqué que la question du prix à la pompe devait être analysée en tenant compte de la fiscalité et des mécanismes de subvention.
Il a notamment soutenu que, dans la situation actuelle, les recettes fiscales tirées des hydrocarbures seraient supérieures aux montants consacrés aux subventions, une affirmation qui alimente déjà le débat sur la structure des prix des carburants.
Pour les ménages et les transporteurs, cette question reste particulièrement sensible, alors que la hausse des carburants fait craindre des répercussions sur le coût du transport et sur les prix des biens et services.
Le foncier, « une bombe à retardement »
Ousmane Sonko a également consacré une partie importante de son intervention à la question foncière.
Il a décrit les conflits liés au foncier comme une menace sociale majeure, évoquant notamment les problèmes liés aux plans d’urbanisme, aux attributions de terrains et au respect des titres fonciers.
Le littoral et certaines opérations immobilières ont également été évoqués. Le président de l’Assemblée nationale a défendu le principe d’une application stricte de la réglementation, estimant que le respect de la loi devait primer dans la gestion du foncier.
BTP : reconnaître les difficultés sans renoncer aux contrôles
Le secteur du bâtiment et des travaux publics n’a pas été oublié.
La crise que traverse une partie du BTP, avec le ralentissement ou l’arrêt de certains chantiers, a été évoquée. Ousmane Sonko a reconnu l’ampleur des difficultés rencontrées par les entreprises.
Il a toutefois expliqué que les décisions prises par les autorités répondaient notamment à la nécessité de vérifier la conformité des opérations et de remettre de l’ordre dans certains dossiers.
Le président de l’Assemblée nationale a également replacé les difficultés du BTP dans un contexte économique plus large, marqué par les contraintes financières de l’État et les relations avec les partenaires financiers internationaux.
Diomaye-Sonko : des divergences désormais assumées
L’un des aspects politiquement les plus commentés de cette sortie concerne les relations entre Ousmane Sonko et le président Bassirou Diomaye Faye.
Selon un compte rendu de l’entretien, Sonko a reconnu l’existence de divergences avec le chef de l’État, qu’il rattache notamment aux questions de transparence et de souveraineté.
Cette clarification intervient alors que les observateurs s’interrogent depuis plusieurs mois sur l’évolution des relations entre les deux hommes et sur l’équilibre politique au sommet de l’État.
Il convient toutefois de distinguer désaccord politique, divergence d’orientation et rupture institutionnelle. Les déclarations rapportées ne suffisent pas, à elles seules, à établir une rupture formelle entre les deux responsables.
Mais elles montrent que des différences de lecture existent désormais ouvertement sur plusieurs dossiers.
Une nouvelle étape dans le débat sur la gouvernance
À travers cette sortie, Ousmane Sonko semble vouloir réaffirmer plusieurs lignes fortes : transparence, contrôle parlementaire, souveraineté, rigueur dans la gestion publique et reddition des comptes.
Son discours intervient cependant à un moment où le gouvernement est confronté à des choix économiques difficiles et où les relations entre l’exécutif et le Parlement sont particulièrement scrutées.
La question des fonds spéciaux constitue à cet égard un dossier emblématique. Le Premier ministre Al Aminou Lô a saisi le Conseil constitutionnel le 14 août au sujet de la proposition de loi portant sur leur encadrement, ce qui a entraîné une nouvelle étape dans le débat institutionnel.
Et maintenant ?
Après cette sortie très suivie, plusieurs questions restent ouvertes.
Quel sera l’avenir de la réforme des fonds spéciaux ? Quelle place le Parlement aura-t-il dans le contrôle des ressources publiques ? Comment seront appliquées les nouvelles exigences en matière de déclaration de patrimoine ? Et surtout, comment évolueront les rapports entre la Présidence, le Gouvernement et l’Assemblée nationale ?
Autant de questions auxquelles les prochaines semaines pourraient apporter des réponses.
Une chose est certaine : la sortie d’Ousmane Sonko a relancé plusieurs débats majeurs sur la gouvernance du Sénégal. Entre transparence, souveraineté, finances publiques et rapports de pouvoir, le président de l’Assemblée nationale a choisi de répondre directement aux interrogations qui traversent actuellement le pays.
Assane DIOP
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Extrait : Fonds spéciaux, , carburant, foncier, BTP et relations avec Diomaye Faye : Ousmane Sonko a répondu aux principales questions qui alimentent actuellement le débat politique sénégalais.


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