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Les quatre paris politiques risqués du Président Diomaye Par Youssou Diallo

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Les quatre paris politiques risqués du Président Diomaye Par Youssou Diall

 

En l’espace de quelques semaines, la vie politique sénégalaise a connu une accélération spectaculaire. Les certitudes d’hier ont laissé place à de nouvelles recompositions, les alliances se redessinent, les rapports de force évoluent et un nouvel équilibre institutionnel semble progressivement prendre forme.

 

Rarement, depuis l’alternance de 2000, la scène politique n’avait connu une telle succession d’événements majeurs en si peu de temps.

Le limogeage d’Ousmane Sonko de la Primature et la formation d’un gouvernement sans les ministres de Pastef ; son élection, dans un climat particulièrement tendu, à la présidence de l’Assemblée nationale ; l’annonce de la création prochaine d’un parti présidentiel par Bassirou Diomaye Faye ; la visite remarquée de l’ancien président Macky Sall, désormais candidat au poste de Secrétaire général des Nations unies, suivie du soutien officiel du gouvernement sénégalais à sa candidature ; enfin, la perspective de la dissolution de l’Assemblée nationale avant la fin de l’année et de l’organisation probable d’élections législatives anticipées, éventuellement couplées aux élections territoriales de mars 2027 : autant d’événements qui traduisent une profonde mutation du paysage politique national.

 

Au cœur de cette séquence se trouvent quatre acteurs majeurs : Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko, Macky Sall et Karim Wade. Chacun poursuit désormais sa propre stratégie.

Dans cette contribution, nous nous intéresserons au Président Bassirou Diomaye Faye et aux quatre grands paris politiques qu’il semble avoir engagés. Des paris ambitieux, mais également porteurs de risques considérables.

 

Premier pari : convaincre que la rupture avec Sonko était inévitable

C’est probablement le défi politique le plus difficile auquel le Président Diomaye est confronté.

Dans l’imaginaire collectif, mais aussi à travers ses propres déclarations au lendemain de son élection, Bassirou Diomaye Faye apparaissait comme un président de transition. Beaucoup de Sénégalais avaient retenu cette phrase devenue célèbre : « Comme avant, je vais travailler à faire d’Ousmane Sonko le prochain Président de la République. »

L’idée semblait claire : un mandat pour Diomaye, puis la transmission du pouvoir au leader historique de Pastef.

 

Deux ans plus tard, le paysage est totalement différent.

Les divergences, longtemps contenues, ont progressivement éclaté au grand jour. Elles portent aussi bien sur la gouvernance, la conduite du « Projet », les rapports entre le Président et son Premier ministre, les politiques publiques, les relations avec les partenaires techniques et financiers que sur le fonctionnement même du pouvoir.

 

Alors qu’Ousmane Sonko choisissait régulièrement de médiatiser leurs désaccords, le Président Diomaye répondait essentiellement par des actes : reprise en main de la coalition Diomaye Président, remaniements ministériels, nomination d’Aminata Touré à la coordination politique, puis limogeage de son Premier ministre.

Mais une décision politique, aussi importante soit-elle, ne suffit jamais à convaincre l’opinion.

Le Président devra désormais construire un récit politique cohérent expliquant pourquoi celui qu’il présentait hier comme son successeur naturel est devenu aujourd’hui son principal adversaire politique.

Pourquoi Sonko n’est-il plus son candidat pour 2029 ?

Pourquoi avoir créé un nouveau parti alors qu’il incarnait la victoire de Pastef ?

Pourquoi cette rupture est-elle devenue, selon lui, nécessaire ?

Tant que ces questions ne recevront pas des réponses convaincantes, une partie importante de l’électorat continuera de percevoir le Président comme celui qui a rompu le pacte politique initial.

Dans une démocratie moderne, la communication politique est devenue un instrument de gouvernement. Sur ce terrain, le Président joue probablement son pari le plus décisif.

 

Deuxième pari : construire un véritable parti présidentiel

Créer un parti politique lorsqu’on est déjà Président de la République est une entreprise paradoxale.

Un parti naît normalement autour d’une idée, d’un projet collectif, d’une opposition ou d’une conquête du pouvoir.

Lorsqu’il est créé depuis le sommet de l’État, il attire souvent davantage les détenteurs d’intérêts que les militants de conviction.

L’histoire politique africaine regorge d’exemples où les partis présidentiels sont devenus des espaces de transhumance plutôt que de véritables organisations politiques.

Les premiers ralliements observés semblent confirmer cette tendance.

La majorité des nouveaux soutiens annoncés provient essentiellement d’anciens responsables de Benno Bokk Yaakaar, de l’APR ou de quelques démissionnaires de Pastef.

Or, les expériences passées montrent que les ralliements par opportunisme produisent rarement une véritable dynamique électorale.

Un parti ne se construit pas uniquement avec des élus ; il se construit surtout avec une base militante, une identité politique forte et une adhésion populaire.

C’est précisément ce défi qui attend aujourd’hui le Président Diomaye.

 

Troisième pari : vaincre le temps

Le calendrier politique constitue probablement l’adversaire le plus redoutable du chef de l’État.

Si les élections législatives et territoriales sont effectivement organisées avant la fin du premier trimestre 2027, il restera moins d’une année au futur parti présidentiel pour s’implanter sur l’ensemble du territoire national et dans la diaspora.

Créer des coordinations, installer des responsables, gérer les investitures, construire une offre politique crédible et mener campagne dans toutes les circonscriptions : un tel chantier demande généralement plusieurs années.

Même l’Alliance pour la République, pourtant qualifiée à l’époque de « parti miraculeux », avait mis près de quatre ans avant de conquérir le pouvoir.

Vouloir réussir ce que d’autres ont réalisé en plusieurs années en moins d’une année relève d’un pari particulièrement audacieux.

 

Quatrième pari : réussir les alliances

Depuis l’alternance de 2000, une constante s’impose dans la vie politique sénégalaise : aucune grande élection nationale n’a été remportée par un parti isolé.

 

Toutes les victoires majeures ont été celles de coalitions.

Le Front pour l’Alternance en 2000, Sopi, Benno Bokk Yaakaar, Yewwi Askan Wi ou encore Diomaye Président illustrent cette réalité électorale.

Aujourd’hui, la coalition Diomaye Président n’est plus ce qu’elle était.

Pastef, qui en constituait la principale force, suit désormais sa propre trajectoire politique.

 

Le Président devra donc reconstruire une nouvelle majorité.

Les premiers signaux semblent indiquer une ouverture vers plusieurs composantes de l’opposition.

 

Le dialogue engagé avec Karim Wade à Doha, les gestes de rapprochement observés envers Macky Sall ainsi que certaines évolutions perceptibles au sein du FDR nourrissent déjà de nombreuses spéculations.

 

La véritable question est désormais politique.

Assisterons-nous à une simple alliance électorale destinée à gagner les prochaines législatives ?

Ou sommes-nous en train d’assister à la naissance d’une nouvelle majorité politique appelée à gouverner jusqu’en 2029 ?

Les prochaines semaines permettront sans doute d’y voir plus clair.

 

Une séquence décisive

Le Président Bassirou Diomaye Faye a choisi de rompre avec son ancien partenaire politique pour ouvrir une nouvelle étape de son quinquennat.

Cette décision modifie profondément les équilibres politiques du pays.

 

Mais elle ouvre également une période d’incertitude.

Justifier la rupture, bâtir un nouveau parti, réussir son implantation en un temps record et construire une nouvelle majorité constituent quatre défis intimement liés.

 

Le succès de chacun conditionnera celui des autres.

L’histoire politique enseigne que les grandes ruptures produisent parfois de nouvelles majorités. Elle montre aussi que les paris les plus audacieux peuvent se révéler les plus périlleux.

 

Les prochains mois diront si le Président Diomaye aura réussi l’une des plus importantes recompositions politiques de l’histoire récente du Sénégal ou si, au contraire, cette stratégie marquera le début d’un nouvel épisode d’instabilité.

 

Dakar, le 22 juillet 2026

Youssou Diallo

Président du Club Sénégal

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La Rédaction