Le refus de Moussa Mbaye et Awa Sow de se lever à l’arrivée de Safiatou Joséphine Dieng a failli faire déraper la 8ᵉ édition du festival Pencum Niani. Gendarmerie, rappel à l’ordre républicain et accusations croisées.
Le terrain de football de Koumpentoum, paré pour célébrer la culture du Niani et du Wouly, a bien failli devenir « le théâtre d’une rupture républicaine ». Samedi vers 18 heures, l’ouverture de la 8ᵉ édition du festival Pencum Niani a viré au malaise institutionnel.
Les faits : « Se lever ou quitter la tribune »
À l’arrivée de la préfète du département, Safiatou Joséphine Dieng, « conformément à l’usage, l’ensemble de l’assistance s’est levé pour saluer l’autorité administrative », à l’exception notable de Moussa Mbaye et Awa Sow, deux députés de Pastef du département.
Restés assis à la tribune, « les parlementaires ont ostensiblement refusé de se lever, marquant ainsi une rupture avec la courtoisie institutionnelle habituelle ».
« Face à ce qu’elle a perçu comme un manque de respect envers l’État qu’elle représente », la préfète a sollicité le commandant de la brigade territoriale de Koumpentoum. Celui-ci « a sommé les élus de se conformer au protocole ou de quitter les lieux ».
« Sous la pression et pour permettre la tenue de l’événement, les deux députés ont finalement obtempéré », déclenchant les applaudissements d’un public soulagé. La cérémonie a alors pu démarrer.
La version des députés : « Une instrumentalisation partisane »
Pour Moussa Mbaye et Awa Sow, l’incident est « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ». Dans une déclaration virulente, ils accusent la préfète d’avoir « troqué la neutralité républicaine contre le militantisme » depuis l’accession de Pastef au pouvoir.
Ils dénoncent une « mise à l’écart systématique » des élus de la majorité au profit de « figures politiques de l’ancien régime », notamment lors de l’installation des comités de santé ou des préparatifs de la fête de l’indépendance.
« Vous avez choisi de mettre à l’honneur des figures politiques de votre convenance. Ce choix constitue une instrumentalisation d’un événement républicain à des fins partisanes », affirment-ils.
L’ordre d’éviction est qualifié de « démarche difficilement justifiable » et d’« atteinte grave au respect dû aux représentants du peuple ». Ils estiment désormais la « cohabitation impossible » avec une autorité jugée partiale.
La réponse de la préfète : « Respect de l’institution »
Safiatou Joséphine Dieng appelle au « respect des institutions de la République et des symboles de l’État ».
Elle rappelle que « se lever pour le préfet ne relève pas d’une simple courtoisie, mais d’un devoir de respect institutionnel lié à la fonction ». « Le préfet incarne l’État dans son territoire », insiste-t-elle, soulignant le « devoir d’exemplarité » des élus.
Un contexte déjà tendu
L’incident intervient dans un climat déjà marqué par des tensions, notamment autour de « l’installation d’un atelier attribué à Moussa Mbaye », ayant fait l’objet d’une sommation de libération.
Le ministre de l’Intérieur avait récemment rappelé aux élus « l’exigence de conformité aux lois qu’ils contribuent eux-mêmes à voter ».
Débat national relancé
L’affaire relance le débat : entorse au protocole ou liberté de l’élu ?
Sur les réseaux sociaux, l’ex-députée Mame Diarra Fam estime que « se lever relève de la courtoisie et non d’une obligation », rappelant que le député est élu au suffrage universel direct.
De son côté, le maire Alioune Ndoye appelle à « revisiter les règles du protocole républicain », jugeant le cadre actuel dépassé.
Et maintenant ?
« Au-delà du protocole, cet épisode révèle des tensions profondes autour du respect des institutions et de l’autorité de l’État ». L’affaire a été portée « à l’arbitrage du ministre de l’Intérieur ».
Le festival Pencum Niani a finalement pu se tenir, mais à Koumpentoum, « le climat politique reste sous tension ».
Assane Diop


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