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ÉDUCATION : ENTRE BOYCOTT ET ACCORD PARTIEL, LE GOUVERNEMENT ET LE G7 JOUENT LA MONTRE

Au Sénégal, le bras de fer entre le gouvernement et le G7 des enseignants se poursuit. Malgré un accord partiel obtenu après 20 heures de négociations, plusieurs points de blocage majeurs subsistent, notamment sur les retraites, la fiscalité et le statut des décisionnaires, maintenant le système éducatif sous forte tension.
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Après 20 heures de négociations marathon, l’État et les syndicats d’enseignants s’entendent « sur l’essentiel », mais butent sur les décisionnaires, les retraites et la fiscalité. Une nouvelle rencontre est prévue ce jeudi 16 avril.

 

Le dialogue social dans l’éducation avance en dents de scie. Après avoir boycotté la rencontre avec le Premier ministre Ousmane Sonko le 2 avril dernier, le G7 des syndicats d’enseignants a repris langue avec le gouvernement. Au terme de « près de vingt heures de discussions ininterrompues », un « accord partiel » a été arraché dans la nuit du 13 au 14 avril au ministère de la Fonction publique.

Du boycott à la table des négociations

Le 2 avril 2026, les organisations du G7 avaient « décidé de boycotter cette réunion » avec Ousmane Sonko, dénonçant « une contradiction dans le discours officiel » : « Le gouvernement appelle à l’apaisement tout en continuant de ponctionner les salaires des enseignants », fustigeait Amidou Diedhiou, SG du SELS. Pour lui, le boycott était « une réponse directe à cette situation jugée incohérente ».

Dix jours plus tard, changement de cap. « Les concertations, entamées le lundi 13 avril 2026 à 16 heures, se sont achevées ce mardi à la mi-journée », sous la co-présidence des ministres Olivier Boucal (Fonction publique) et Moustapha Guirassy (Éducation nationale).

Ce qui est acté : apurement du passif et comités techniques

Selon le communiqué officiel, « les deux parties se sont entendues sur l’essentiel des points inscrits dans le projet de protocole d’accord soumis par l’exécutif ».

Déjà, le 7 avril, une séance « marathon de 16 heures à minuit » avait abouti à « des engagements fermes pour l’apurement du passif des accords ». L’État promet :

un comité technique sectoriel pour suivre l’application des engagements ;

un comité ad hoc d’ici fin mai 2026 pour auditer l’imposition des rappels ;

la digitalisation du paiement des indemnités d’examen dès la fin des épreuves ;

la révision des textes sur les indemnités de supervision.

« Le ministre Guirassy a réaffirmé son engagement à œuvrer pour une gestion inclusive et transparente » : « Nous devons travailler ensemble pour anticiper les défis et renforcer la stabilité du système éducatif ».

Les points de blocage : décisionnaires, retraite, fiscalité

Mais « plusieurs questions sensibles restent en suspens ». Au cœur des désaccords :

l’élargissement du décret n°2026-65 du 27 janvier 2026 aux enseignants dits « décisionnaires », leur retraite et la « défiscalisation des rappels » ;

le périmètre des bénéficiaires : le SELS réclame l’inclusion des enseignants recrutés via les programmes des 5000 et des 2000, « catégories expressément exclues des décrets actuels » ;

l’imputation budgétaire et le dispositif des 65 ans optionnels.

Hamidou Dia (SELS) confirme : « Si le gouvernement a signé les décrets tant attendus, un geste unanimement salué, leur mise en œuvre effective reste au cœur du désaccord ».

Ces sujets « ont été inscrits dans la rubrique “Perspectives” du document de travail » et renvoyés à plus tard.

 

Prochaine étape : jeudi 16 avril à 10h

« Les négociations doivent reprendre le jeudi 16 avril 2026 à 10 heures, toujours dans les locaux du ministère », pour tenter « de parvenir à un compromis sur ces questions encore litigieuses ».

Le gouvernement « affiche sa volonté d’aboutir rapidement à un accord définitif afin de mettre un terme aux perturbations qui affectent le système éducatif ». Du côté des syndicats, « l’attente reste forte quant à des engagements concrets », alors que « l’année scolaire demeure sous tension ».

En coulisses, le G7 maintient la pression. Il « poursuit les démarches pour déposer une plainte contre l’État du Sénégal auprès de l’Organisation internationale du Travail (OIT) » suite aux « ponctions opérées sur les salaires », qualifiées d’« illégales ».

 

Un dialogue en pointillé

Entre « boycott », « accord partiel » et « points de blocage persistants », le secteur éducatif reste suspendu aux prochaines annonces. Les syndicats saluent « la démarche d’ouverture » du ministre Guirassy, mais dénoncent un « dilatoire permanent » et « l’absence de suite » à leur demande de rencontre avec le Président.

Jeudi, les deux camps rejoueront donc la carte du dialogue, avec en ligne de mire les examens de fin d’année et une communauté éducative qui « a consenti trop de sacrifices » et attend « la satisfaction immédiate et légitime de ses revendications ».

 

Assane DIOP

 

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La Rédaction