Des ambitions affichées… aux retards inquiétants.Au moment de son investiture, le président Bassirou Diomaye Faye, investi en avril 2024, promettait des réformes majeures : quatre lois structurantes sur la transparence et la bonne gouvernance (fonction publique, lanceurs d’alerte, lutte anticorruption, accès à l’information), ainsi que la publication des rapports de l’IGE, de l’Ofnac et de la Cour des comptes . Six mois plus tard, ces engagements restent lettre morte : aucun texte n’a été soumis à l’Assemblée nationale, et aucun rapport n’a été publié .
Parallèlement, le Premier ministre Ousmane Sonko, ex-opposant iconique, a multiplié les discours combattifs contre la corruption, annonçant des audits dans des secteurs clés (pêche, infrastructures, lutte contre les inondations) . Mais ces promesses peinent à se concrétiser, alimentant des critiques sur leur portée concrète.
Un nouveau modèle politique encore fragile
Le duo Faye–Sonko ambitionnait de rompre avec le modèle présidentiel classique, en introduisant une gouvernance plus transparente, décentralisée et respectueuse des droits humains . Mais dans les six premiers mois d’exercice, la réalité reste mitigée. La réduction du coût de la vie est jugée insuffisante, les déficits persistent et la notation du pays a été dégradée, avec des effets limités du plan « Sénégal 2050 » . Les réformes annoncées ne créent pas encore l’impact tangible attendu sur le quotidien des Sénégalais.
Lutte anticorruption ou chasse aux anciens cadres ?
Une vaste campagne d’audits et d’enquêtes a été lancée contre les responsables de l’ancien régime. Mais certains y voient une dérive autoritaire : une « chasse aux sorcières » jugée peu transparente, suscitant des réserves quant à la légalité des procédures et à leur instrumentalisation politique .
Remaniement ministériel : réponse à la fatigue ou rééquilibrage politique ?
Face à ces impasses, un remaniement profond a été annoncé en août 2025, dans le cadre du Plan de redressement économique et social (PRES) 2025-2028, censé impulser un exécutif plus resserré, plus efficace et davantage technocratique .
Le virage s’est confirmé le 6 septembre 2025 : le gouvernement est désormais composé de 25 ministres et 6 secrétaires d’État . Des nominations stratégiques ont été opérées :
Mouhamadou Bamba Cissé est nommé ministre de l’Intérieur.
Yassine Fall, précédemment aux Affaires étrangères, devient ministre de la Justice.
Cheikh Niang, ancien ambassadeur auprès de l’ONU, prend la tête des Affaires étrangères.
Le Premier ministre, lui, a martelé que ce gouvernement se voulait « de travail, d’engagement », prêt à s’investir « 20 heures sur 24, 7 jours sur 7 » .
Bilan contrasté et vigilance nécessaire
Promesses initiales État d’avancement.
Lois sur bonne gouvernance Aucune soumission à l’Assemblée, rapports non publiés
Audits sectoriels et lutte anticorruption En cours, mais jugée opaque par l’opposition
Modernisation du modèle politique Projet « Sénégal 2050 » en cours, impact limité
Remaniement pour efficacité Effectué, mais résultats encore à évaluer
Le nouveau gouvernement apparaît aujourd’hui à la croisée des chemins. Si ses intentions étaient ambitieuses, les retards cumulés sur les réformes essentielles et les tensions politiques mettent sa crédibilité à l’épreuve. Le remaniement ministériel semble répondre à une double exigence : l’urgence des résultats et la consolidation du pouvoir autour du PASTEF et de figures jugées loyales ou technocratiques.
la gouvernance Faye–Sonko est pour l’instant dans une phase de transition incertaine : entre grands desseins et frustrations concrètes, les mois à venir devront montrer si l’effort de rééquilibrage et de discipline au sein du gouvernement pourra déboucher sur des avancées durables.
Daouda Bâ


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