L’espace médiatique sénégalais a accueilli ce soir une personnalité de premier plan de l’opposition : Mamadou Diagne Fada, président du parti LDR YEESAL et porte-parole du jour du groupe de l’opposition ayant participé au dialogue national sur le système politique. Invité à s’exprimer après la conférence de presse tenue à l’issue des travaux, il a livré une lecture critique et nuancée des conclusions issues de ces assises.
D’entrée, M. Fada a salué le principe même du dialogue, tout en reconnaissant ses limites :
> « Le bilan est pour nous mi-figue, mi-raisin », a-t-il résumé, précisant qu’il faut aller au-delà du simple décompte des points d’accord ou de désaccord pour apprécier la portée réelle des échanges.
Accords de principe mais modalités floues
Sur des aspects techniques, les membres de la commission sur le processus électoral ont, selon lui, enregistré des avancées notables : adoption du principe d’un bulletin unique, de la dématérialisation des actes du processus électoral, ou encore de l’audit du fichier électoral. Toutefois, les modalités concrètes d’application de ces décisions restent à définir :
> « Oui au bulletin unique, mais comment le mettre en œuvre ? Oui à l’audit du fichier électoral, mais selon quelles méthodes ? », s’est interrogé le leader du LDR YEESAL.
Désaccords profonds sur les questions majeures
Le désaccord majeur porte selon lui sur le mode de scrutin :
> « Nous avons insisté sur la nécessité de revoir ce mode qui crée une disproportion flagrante entre les votes exprimés et la représentation parlementaire », a-t-il martelé.
Il a dénoncé l’incohérence de la majorité actuelle qui, hier encore dans l’opposition, critiquait ce système et refuse aujourd’hui d’en débattre.
Même blocage s’agissant des articles du code pénal et du code de procédure pénale relatifs à la liberté d’expression (articles 80, 254, etc.), que l’opposition voulait voir réformés, sans succès :
> « Ils défendent aujourd’hui ce qu’ils dénonçaient hier », regrette-t-il.
Des rapports encore provisoires
Autre point d’alerte : les rapports issus des commissions sont pour l’instant provisoires. Mamadou Diagne Fada appelle à la mise en place d’un comité de suivi inclusif associant majorité, opposition, société civile et experts :
> « On ne peut pas légiférer sur la base de rapports non définitifs. Il faut aller jusqu’au bout pour produire des conclusions consolidées et acceptées par tous », insiste-t-il.
Quelle suite si le pouvoir passe en force ?
L’opposition prévoit d’adresser une correspondance officielle au Président de la République afin de formuler clairement ses attentes et réserves. Si ces interpellations ne sont pas prises en compte et que le pouvoir légifère unilatéralement :
« Ce serait la preuve que ce dialogue n’avait pour but que de légitimer des décisions déjà arrêtées », déplore Mamadou Diagne Fada.
Sur l’absence d’une partie de l’opposition
Interrogé sur l’absence d’une partie significative de l’opposition qui a boycotté le dialogue, il reste mesuré :
> « Chaque parti est souverain. Nous respectons leur choix comme ils respectent le nôtre. L’opposition était néanmoins largement représentée par des partis majeurs », a-t-il précisé, citant notamment le PLD, le PIT, le Parti socialiste, l’AFP, Rewmi, entre autres.
Des questions économiques absentes du dialogue
Enfin, il a déploré que des sujets cruciaux pour les Sénégalais n’aient pas été retenus dans l’ordre du jour :
> « Nous avions demandé l’inclusion de débats sur l’économie, l’emploi, les grèves dans certains secteurs. Mais cela a été écarté. La politique ne doit pas se limiter aux règles électorales », a-t-il soutenu.
Si le dialogue a permis quelques avancées sur les principes, les désaccords sur les questions majeures persistent. Mamadou Diagne Fada et son camp attendent du Chef de l’État des garanties de suivi inclusif. Faute de quoi, ils considèrent cette concertation comme un simple exercice de façade.
Seydou Diallo


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