Le climat politique s’alourdit au Sénégal. Le Premier ministre Ousmane Sonko, figure emblématique du parti Pastef et ancien opposant farouche au régime de Macky Sall, semble désormais entrer en collision frontale avec le président Bassirou Diomaye Faye, pourtant son ancien compagnon de lutte. Lors d’une déclaration publique virulente, Sonko a lancé des piques directes et des insinuations lourdes à l’endroit du chef de l’État, laissant entrevoir une fracture inquiétante au sommet de l’exécutif.
> « Je ne suis le jouet de personne, ni l’ombre de qui que ce soit. Ce que certains veulent, c’est m’écarter du jeu au sein même de notre propre camp », a martelé Sonko, dans une adresse au ton acerbe, diffusée en direct.
Ce discours marque la deuxième salve en moins de dix jours. La semaine précédente, Sonko s’en était violemment pris à l’appareil judiciaire, dénonçant avec virulence l’arrêt rendu par la Cour suprême dans un dossier judiciaire le concernant. Ce comportement, que certains qualifient déjà de « récidive politique », sème le trouble sur l’unité de l’exécutif et sur la cohésion au sein du parti au pouvoir.
Le spectre d’un complot interne ?
Selon plusieurs observateurs, le Premier ministre dénonce à mots à peine couverts un supposé complot interne à Pastef, dont l’objectif serait son éviction progressive de la sphère décisionnelle. Cette thèse, jusqu’ici circonscrite aux cercles militants, a désormais été exprimée au plus haut niveau par l’intéressé lui-même.
> « Il ne peut y avoir de trahison plus amère que celle qui vient de la maison. »
Cette phrase, prononcée par Sonko lors de son allocution, résonne comme un signal clair d’un divorce politique en gestation avec Diomaye Faye.
Un choc des ambitions ?
Malgré leur camaraderie historique et une victoire commune lors de la présidentielle de mars 2024, les divergences stratégiques entre les deux hommes deviennent de plus en plus visibles. Diomaye Faye, président jugé modéré et pragmatique, semble vouloir instaurer une gouvernance de rupture plus institutionnelle, tandis que Sonko incarne une ligne dure, révolutionnaire et populiste, souvent critique des lenteurs du système.
Des partisans de Pastef, interrogés dans les rues de Dakar, expriment leur inquiétude :
> « C’est triste de voir nos leaders se déchirer. On avait voté pour un duo uni, pas pour des combats d’ego », confie Mariama Diouf, militante de la première heure.
Le camp présidentiel garde le silence… pour l’instant
Face à cette attaque frontale, la présidence n’a pour l’heure publié aucun communiqué officiel. Mais des proches collaborateurs de Diomaye Faye, sous couvert d’anonymat, évoquent une situation « déplorable et préoccupante », tout en appelant à la retenue.
La question désormais sur toutes les lèvres : le tandem Sonko-Faye survivra-t-il à cette crise ?
Alors que le pays attend des réformes promises depuis plus d’un an, cette guerre froide entre les deux têtes de l’exécutif pourrait freiner l’élan du gouvernement et semer la confusion chez les Sénégalais.
Daouda Bâ


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