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Affaire Tabaski Ngom : Un imbroglio judiciaire autour de Moustapha Diop relance le débat sur l’impunité politique.

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Une nouvelle tournure judiciaire relance l’affaire explosive des 766 millions de francs CFA détournés, impliquant plusieurs personnalités politiques et économiques du pays. Au cœur du scandale, l’ancien ministre Moustapha Diop, cité par l’homme d’affaires Tabaski Ngom comme bénéficiaire d’une partie des fonds détournés. Pourtant, malgré la levée de son immunité parlementaire et une demande formelle d’inculpation par le parquet financier, le juge d’instruction vient de déclarer son incompétence à poursuivre l’ex-ministre.

Dans une ordonnance rendue récemment, le président du Collège des juges d’instruction a estimé que Moustapha Diop, en tant qu’ancien membre du gouvernement, ne pouvait être jugé que par la Haute Cour de Justice, juridiction spéciale compétente pour les ministres. Une décision qui a immédiatement été contestée par le parquet financier, qui a interjeté appel. L’affaire a été évoquée ce mercredi devant la Chambre d’accusation, qui a décidé de renvoyer le dossier au 30 juillet prochain pour statuer sur la compétence juridictionnelle.

Ce rebondissement relance le débat sur l’efficacité et la pertinence de la Haute Cour de Justice, souvent critiquée pour sa lenteur et son manque d’indépendance. D’autant que Moustapha Diop n’en est pas à sa première confrontation avec cette juridiction : il avait déjà été incarcéré par sa Commission d’instruction dans l’affaire des fonds Covid, un précédent qui pèse lourd dans ce nouveau dossier.

L’affaire ne s’arrête pas à Moustapha Diop. Elle implique d’autres figures notoires. Mor Guèye, opérateur économique influent, est lui aussi en détention, accusé d’avoir encaissé, via deux de ses entreprises, des sommes issues du détournement orchestré par une inspectrice du Trésor en poste à la CRSE.

Autre nom cité : Djim Momath Ba, maire actuel de Nioro et ex-directeur de l’APROSI. Bien qu’il nie en bloc toute implication, il a été directement mis en cause par Tabaski Ngom. Pour éviter un séjour en prison, Djim Momath Ba a consigné une caution de 90 millions de francs CFA, selon des sources judiciaires reprises par Libération.

Ce dossier, aux ramifications multiples et aux implications politiques évidentes, pose à nouveau la question de l’égalité devant la loi. Tandis que certains accusés croupissent en prison, d’autres bénéficient de mécanismes d’exception ou de privilèges juridiques, ravivant les soupçons de deux vitesses dans la justice sénégalaise.

La décision attendue le 30 juillet sur la compétence pour juger Moustapha Diop s’annonce donc déterminante. Elle pourrait redéfinir les contours de la lutte contre l’impunité au sommet de l’État ou, au contraire, confirmer les limites du système judiciaire face aux puissants.

 

Daouda BA

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La Rédaction